Pourquoi, diable, Patmos, une des îles de la mer Egée, entre Cyclades et Dodécanèse, en face de la côte turque? L’ancien conseiller national popiste vaudois, qui ne s’est pas représenté l’automne dernier, 56 ans, répond: «Mais parce que j’y vais depuis vingt-cinq ans. Et que la vigne était bel et bien présente, mais a fini par mourir à petit feu.» Patmos compte un site classé au Patrimoine mondial par l’Unesco, le monastère de saint Jean le théologien, et la grotte de l’Apocalypse, où, dit-on, le «disciple bien aimé», écrivit son évangile et l’apocalypse. Jusqu’au milieu du 20ème siècle, les collines de l’île étaient couvertes de quelque 200 hectares de vignoble en terrasses. «On y acheminait du moût même jusqu’à Alexandrie», raconte Josef Zysiadis. «C’était surtout du muscat, comme à Samos, destiné au vin doux. Et il y avait aussi un vin rouge clair pas fameux, le fokiano. Au bord des routes, il reste des pressoirs en pierre, et, ici ou là, on voit des maisonnettes qui furent des caves.»
Dix ans de gestation pour le «projet Patoinos»
L’an passé, après dix ans de gestation, le «projet Patoinos», est enfin entré dans le concret. Le Lausannois, accompagné de ses amis vignerons vaudois Gilles Wannaz et Noé Graff, est allé planter le premier hectare de vigne, en mars. 70% de blanc, le fameux cépage assyrtiko de Santorin, et 30% de rouge, le très local et peu estimé mavrothiriko. Début mars, aidés par Raymond Paccot et Raoul Cruchon, la même équipe remettra ça et plantera 7000 ceps sur un peu moins d’un deuxième hectare. Auparavant, ces fins vinificateurs auront été faire un tour du côté des vignobles grecs de la terre ferme. Zisyadis a presque convaincu un jeune œnologue connu de Naoussa, Apostolos Thymiopoulos, adepte de la biodynamie, de venir vinifier à Patmos. Il prête déjà main forte à un bon domaine de l’île proche de Santorin, Hatzidakis. Grâce au climat, ce vinificateur pourrait entamer un périple, d’août à septembre, par Patmos, puis Santorin, avant de revenir sur ses terres. Les premières grappes ne sont pas attendues avant 2014 et la première commercialisation du vin (quelque 13000 litres), pour 2015. Les vins, un blanc sec et liquoreux et un rouge, voire un rosé, devraient être conditionnés en bag-in-box et distribués sur l’île, en «circuit court», à l’exception des flacons que chaque adhérent à une opération «un cep, une bouteille par an sur dix ans» recevra, pas avant 2016.
Un repas de soutien devrait avoir lieu à l'Ecole hôtelière de Lausanne
Si une centaine d’amis de Josef Zizyadis ont déjà souscrit, l’objectif est d’atteindre les 1000 ceps, à 200 euros la pièce. Un repas de soutien devrait avoir lieu à l’Ecole hôtelière de Lausanne, en juin. Car le «projet Patoinos» représente un million de francs suisses à investir sur une dizaine d’années. L’idée est de construire une cave: l’architecte lausannois Dimitri Papadaniel y est intéressé. Josef Zisyadis a le rang de directeur de l’association, fondée récemment. Le projet va au-delà d’un petit vignoble de 2 hectares: un caveau de dégustation, un musée et une école du vin sont au programme, comme des objectifs éthiques tel la revitalisation de l’économie insulaire, le développement des énergies renouvelables, la motivation des paysans et la coopération internationale.
Josef Zisyadis est aussi le «leader maximo» (rétribué à mi-temps) d’un autre mouvement qu’il a lancé, la Semaine du Goût. La manifestation, nationale, soutenue par une association devrait se pérenniser en fondation, à la fin 2012. Et c’est Lausanne qui sera «ville du goût» cette année, du 15 au 25 septembre.
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