cahier français
02.02.2012
Le tourisme d'affaires dans le flou
A Lausanne (ici vue sur le M2), le tourisme d'affaires s'est dégradé au cours des six derniers mois.
A Lausanne (ici vue sur le M2), le tourisme d'affaires s'est dégradé au cours des six derniers mois. (© Swiss-Image)
L’année 2012 s’annonce difficile. Comment les villes de l’Arc lémanique l’appréhendent-elles? Leurs responsables touristiques répondent.
Miroslaw Halaba

Crise financière, ralentissement conjoncturel, force du franc suisse et, pour certains, la fin du monde le 21 décembre… L’année 2012 inquiète. Les responsables touristiques des villes de l’Arc lémanique en conviennent aisément. «J’ai du souci pour cette année. Ce qui est le plus difficile à gérer, c’est le manque de visibilité», dit le directeur de Lausanne Tourisme, Claude Petitpierre. Philippe Vignon, son homologue genevois, ne le contredit pas: «Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’inconnu. Comment le tourisme va-t-il se comporter?»

Bonne, dans l’ensemble, jusqu’à l’été dernier, la situation s’est sensiblement dégradée à partir du mois d’août, ramenant les résultats 2011 au niveau atteint en 2010. Aujourd’hui, bien qu’il soit assez résistant aux aléas de la conjoncture, le tourisme d’affaires - très important dans l’Arc lémanique -, marque le pas.

«Les carnets de commandes sont assez maigres», note Christoph Sturny, le nouveau directeur de Montreux-Vevey Tourisme. A Lausanne, la situation est «moins bonne» qu’en 2010. «Les manifestations se multiplient, mais elles réunissent un nombre de participants plus petit qu’auparavant», souligne Claude Petitpierre. Si, à Genève, le carnet de commande est qualifié de «bon», deux tendances mettent des grains de sable dans les rouages. D’une part, le rapport entre le nombre d’événements envisagés par les entreprises et celui des événements qui sont organisés s’est détérioré. D’autre part, les délais de réservation se sont, une fois de plus, raccourcis.

Des manifestations qui promettent d'amener du flux

Par chance quelques grandes manifestations feront tomber d’appréciables deniers dans l’escarcelle des prestataires. A Montreux, on se réjouit d’accueillir, en avril et pour la deuxième fois, les 800 participants au Festival of Media. Pour Genève, Philippe Vignon cite l’EAACI, un congrès médical, qui réunira 8000 personnes en juin, consacré aux allergies et à l’immunologie. Il ne manque pas de nommer aussi le Salon international de la haute horlogerie, qui vient d’avoir lieu, le Salon de l’automobile et les grandes réunions annuelles du BIT. A Lausanne, c’est une fois de plus le sport qui sera en vedette avec les Championnats du monde de course d’orientation et l’étape suisse de l’International Horse Show.

L’évolution du tourisme de loisirs, quant à lui, dépendra passablement des cours du change, en particulier de celui de l’euro. «Aussi, démarchons-nous, en collaboration avec Suisse Tourisme et l’Office du tourisme du canton de Vaud, les marchés les moins touchés: le Moyen Orient, la Russie, le Brésil, la Chine, l’Inde», explique Christoph Sturny. Valeur refuge, le marché suisse ne sera pas oublié. «Je suis persuadé qu’il y a encore un grand potentiel en Suisse alémanique.» A Lausanne et à Genève, les pays émergents figurent aussi sur la liste des marchés qui seront travaillés au cours des prochains mois avec le concours de Suisse Tourisme.

Malgré ces perspectives incertaines, Claude Petitpierre reste assez confiant pour 2012. Le tissu économique diversifié de la région lausannoise garantit, à ses yeux, un volume d’affaires acceptable, notamment dans le domaine du tourisme d’affaires. Ce qui l’interpelle, en revanche, c’est le caractère de la crise. «Allons-nous au-devant de problèmes durables», se demande-t-il.

Le fort handicap des coûts

S’il jette un regard au-delà de 2012, Philippe Vignon s’interroge, pour sa part, sur l’avenir de la zone euro, mais surtout sur la structure des coûts en Suisse, à l’instar d’hotelleriesuisse la semaine passée. «Cette structure est en moyenne plus élevée que dans le reste de l’Europe. Donc, même si nous faisons des efforts énormes, nous aurons toujours l’handicap des coûts», dit-il. Pour lui, pas de miracle: «Nous devrons opérer un changement structurel afin d’aligner les prix de nos services et de nos biens sur les prix européens.»

  
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