Depuis plus d’un siècle le bredzon d’alpage à manches bouffantes de la partie romande du canton est un symbole fort pour représenter Fribourg. Il fait partie de la dramaturgie alpestre comme le fromage et le chocolat. Mais pas seulement: «C’est un des seuls costumes folkoriques suisse à être utilisé hors contexte, il n’est par rare de voir quelqu’un sortir de la messe le dimanche en bredzon», note le photographe Jean-Luc Cramatte, qui vient de publier «Bredzon Forever», aux éditions IDPure et expose ses photos à Fri-Art avec d’autres artises.
Pourtant l’homme d’images remarque que depuis les années 1980 les campagnes touristiques ne misent plus sur le fromager barbu, elles préfèrent axer leur communication sur des paysages bucoliques. Quand aux notables de Bulle ils ne portent plus guère le bredzon, de peur de passer pour des culs-terreux. Mais des jeunes le revêtentpour aller écouter du rock dans la salle alternative de Fri-Son. «C’est le bon moment pour dépoussiérer tout cela!», pense Jean-Luc Cramatte.
Alors quand une entreprise de communication lui propose d’installer un studio photographique dans un supermarché, il ressort son bredzon. Au total 350 personnes ont accepté de poser devant son objectif et d’être récompensé par un repas de la Bénichon. «La plupart d’entre-eux n’avaient jamais enfilé de bredzon et lorsqu’il montrait l’image à un membre de leur famille, on ne les reconnaisait pas toujours», explique Jean-Luc Cramatte. Dans ses clichés, le photographe recherche la plus grande neutralité possible afin de construire un inventaire de fiches d’identités.
La provocation fait partie de la démarche baptisée «Et si le bredzon disparaissait...» Des femmes ont porté le bredzon et beaucoup de touristes venant de loin. «Des Américains, des Indiens, des Chinois se souvenaient de leurs propres costumes qui rarement perdurent encore. Il me disait vous avez de la chance d’avoir le bredzon, gardez-le.» Des étudiants en ethnologie de l’Université de Neuchâtel participaient aussi au projet, ils interrogeaient les participants. La grande majorité des réponses allaient dans le sens d’un maintien et d’une valorisation du costume.
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